Contexte

La période de transition que traverse le modèle de développement se caractérise par la remise en question de la centralité du compromis fordiste dans le monde du travail et du compromis providentialiste (État-providence) dans les services collectifs. Ces mutations ont pour effet de laisser sans réponse une partie de la demande sociale, soit celle provoquée par les effets destructeurs du modèle de développement ou soit celle résultant d’aspirations à participer à une alternative (Lévesque, 2002). Ceci favorise de nouvelles ouvertures pour l’économie sociale (ÉS), laquelle s’inscrit de manière innovante dans les vides laissés par l’État et par le marché. L’économie sociale développe aussi des interfaces avec le marché et avec l’État et peut contribuer à la transformation du secteur public (réseaux de politiques publiques, développement durable) et du secteur privé (gestion participative, responsabilité sociale corporative, bilan social). En ce sens, l’économie sociale valorise le caractère pluriel de l’économie (Polanyi, 1983; Laville, 1994).

Ces nouvelles ouvertures témoignent également de phénomènes plus globaux, notamment l'appel à une participation accrue de la société civile dans l'orientation du développement. De nouvelles modalités de gouvernance apparaissent, où différents périmètres de solidarité participent à l’intérêt général (Monnier et Thiry, 1997), notamment dans les services collectifs. De nouvelles relations émergent entre le capital financier et les acteurs sociaux engagés dans le développement. De nouveaux critères d'évaluation de la performance et des impacts sociaux des activités économiques deviennent nécessaires. En ce sens, étudier l’économie sociale revient à observer un laboratoire d’expérimentation d’une société en mutation.

De manière plus spécifique, l’économie sociale désigne généralement une forme particulière d’organisations : coopératives, associations ou organismes à but non lucratif, mutuelles. Ces dernières fonctionnent selon un certain nombre de valeurs, de principes et de règles qui particularisent les processus de décision, les finalités, la répartition des surplus, le sociétariat, le financement, etc. Établissant des passerelles entre le développement économique et le développement social, l’économie sociale cherche à servir la collectivité plutôt qu’à engendrer des profits pour les actionnaires. Plusieurs organismes de soutien au développement économique et social s’identifient à l’économie sociale parce qu’ils poursuivent des objectifs d’intérêt collectif ou général et qu’ils ont une gouvernance plurielle (par exemple les Corporations de développement économique communautaire ou les fonds de travailleurs tels le Fonds de solidarité de la FTQ ou Fondaction de la CSN).

Du fait de leur nature, de leur origine et de leur mission, les organisations d’économie sociale offrent des conditions propices à l'innovation sociale. Face aux transformations du marché et de l’État, les demandes sociales affluent et suscitent le besoin d’inventer de nouvelles façons de faire. Le mode participatif de l’économie sociale est riche d’innovations sociales, rapprochant le consommateur du producteur, le bénéficiaire du prestataire, les besoins des individus de ceux des collectivités.